En lisant ce titre, vous avez certainement pensé à cette période festive de l’année qui est à nos portes.
Mais il n’en est rien. Noël, c’est une personne que j’ai rencontrée récemment à La Pocatière. Un cadeau de Noël anachronique.
À la suite d’un concert, Noël était là, à l’entrée de la salle, où je vais habituellement rencontrer le public. Il semblait s’agripper à sa canne, sirotant les dernières gorgées de son verre. Il attendait patiemment que les discussions que j’avais entamées se terminent.
Mais Noël m’a surtout parlé de tout ce qu’il avait compris dans ce que j’ai essayé de communiquer par la musique et mes échanges avec le public. À quel point le parcours de sa vie le forçait à réfléchir à certaines choses au fil de la performance. Il m’a tout expliqué avec un français impeccable, un esprit de synthèse époustouflant, et une compréhension approfondie. Dans toute sa douceur, et sa grandeur d’âme, il m’a fait me sentir vue et entendue. C’est un privilège dans cette société où plusieurs sont de plus en plus tournés vers eux-mêmes.
Noël devait subir une opération à cœur ouvert le vendredi suivant. J’ai cru comprendre que la vie lui a arraché beaucoup de personnes qui lui sont chères, par la maladie ou par la malchance. À travers ses phrases habiles, j’ai déduis qu’il traverserait cette épreuve seul. On peut avoir été une excellente personne toute sa vie, avoir tout fait pour que les autres se sentent bien autour de soi, et quand même être traqué par des malchances, qui mènent à se retrouver seul dans une jaquette d’hôpital, dans l’attente d’une opération inquiétante.
En une dizaine de minutes, Noël a chamboulé ma vie. J’ai eu cette drôle d’impression que mon chemin m’avait menée là-bas pour le rencontrer. Je le lui ai dit. Je lui ai demandé si je pouvais prendre son adresse postale, en me disant que je lui écrirais au moins une petite missive qu’il pourrait lire à son retour à la maison. Quand j’ai eu fini de noter son adresse, Noël m’a soufflé, tout simplement : «Oh. J’existe.»
À travers mon métier, au-delà de la chance que j’ai d’être vue, il y a cette chance inouïe que j’ai de voir les autres. Merci, Noël, d’être venu à ma rencontre.
© Valérie Milot 2026